David M. Morrow
Examen de l'historique, analyse et efficacite des transplants de tissus graisseux autologues et des implants de collagène autologue pour l'embellissement et le rajeunissement du visage et des mains
1 TRANSPLANTATION DE TISSUS GRAISSEUX AUTOLOGUES
Analyse de la littérature existante.
La littérature médicale fait état
depuis la fin du 19 ème siècle de l'utilisation d'autogreffes
de tissus graisseux libres à des fins fonctionnelles, cosmétiques
et de reconstruction.
L'usage fonctionnel d'une greffe de tissus graisseux autologues a été
décrit pour la première fois en 1889 par Van der Meulen
qui a réalisé une greffe de tissus graisseux de l'épiploon
entre le foie et le diaphragme (1). L'emploi de tissus graisseux autologues
à des fins de reconstruction a été rapporté
en 1893 par Neuber. Celui-ci a corrigé une cavité faciale
secondaire à une ostéite tubéreuse en utilisant de
petits morceaux de greffons de tissus graisseux libres prélevés
sur la partie supérieure du bras (2). Les résultats satisfaisants
obtenus lui ont permis de conclure que les greffes de la taille d'un haricot
ou d'une amande étaient celles qui présentaient le plus
haut degré de survie. La reconstruction partielle d'un sein a été
effectuée en 1895 par Czerny qui a transplanté un lipome
excisé pour corriger un défaut créé par une
excision bénigne et a ainsi obtenu un résultat satisfaisant
(3). Vanderame a remarqué un rétrécissement des greffons
graisseux dans le cas traité et dans d'autres cas et en a conclu
que ce problème pouvait être résolu par une surcorrection
lors de la transplantation (4).
Les greffes de tissus graisseux libres autologues à des fins cosmétiques
ont d'abord été rapportées par Lexer en 1910(5).
Les nombreux cas qu'il a traités consistaient entre autres à
extraire chirurgicalement la graisse abdominale et à la greffer
sur les zones faciales des joues malaires et du menton pour en augmenter
le volume (5). Le chirurgien britannique Willy a été le
premier à injecter par seringue dans le visage de la graisse autologue
excisée chirurgicalement (6). Dans son traité de 1923, il
décrivait son concept, qui consistait à améliorer
la santé et la vitalité de la peau et des tissus mous du
visage en corrigeant les rides et les sillons grâce à cette
procédure. Au cours de la Seconde guerre mondiale, Savat a aidé
à déguiser des espions alliés en injectant chirurgicalement
dans leur visage des tissus graisseux autologues excisés (7).
Entre le début des années 50 et le début des années
80, l'apparition du silicone liquide injectable à usage médical
et la mise au point d'un collagène bovin purifié injectable
ont entraîné l'abandon des greffes de tissus graisseux libres
autologues. En 1984, Ellenbogen a fait état de l'utilisation de
greffons de graisse libre, approximativement de la taille d'une perle,
pour réparer des cicatrices d'acné, rides, atrophie, sillons
et creux (8). Il a signalé cinquante cas similaires, avec un suivi
des patients pendant une période allant jusqu'à trois ans.
Il a conclu à la survie de la plupart des greffes de tissus graisseux
mais sans faire de commentaires ni sur la perte de volume ni sur une étude
histologique.
Le développement de la lipoaspiration au début des années
80 a entraîné un regain de popularité ainsi qu'un
retour inévitable vers l'étude des greffes de tissus graisseux
libres autologues. Giorgio Fischer, l'inventeur de la lipoaspiration moderne
à l'aide d'une canule, est également réputé
pour avoir été le premier vers 1980 à injecter, dans
le visage et les seins, de la graisse autologue prélevée
par aspiration (9). Ultérieurement, Illouz a rapporté un
usage similaire de tissus graisseux prélevés par machine
pour tenter de réparer des défauts cutanés induits
iatrogéniquement par la lipoaspiration, ainsi que dans le traitement
des rides (10, 11, 12).
Un important bond en avant dans le domaine de la transplantation de tissus
graisseux autologues a été effectué en 1985, lorsque
Fournier a décrit son expérience de plusieurs années
concernant une technique qu'il a appelée "microlipoextraction et
microlipoinjection" (13, 14). Fournier a prélevé de la graisse
avec une aiguille à biseau tranchant de calibre 14 fixée
à une seringue de 10 cc, au lieu d'utiliser l'appareil d'aspiration
fixé à une grande canule. Fournier a pu démontrer
histologiquement que sa méthode était moins traumatisante
pour les cellules graisseuses, ce qui permettait d'obtenir une plus grande
quantité de cellules graisseuses viables pouvant être transplantées
aux mains et au visage. Chajchir, tout en continuant à utiliser
l'appareil et les canules pour prélever des tissus graisseux en
vue d'une transplantation sur le visage, a préconisé le
recours à une surcorrection de 50% en raison du fait qu'il a observé
et expérimenté une résorption de 30-60% dans une
période de dix à douze mois environ (15).
L'usage de graisse aspirée pour augmenter le volume des seins a
fait l'objet de controverses. Comme nous l'avons mentionné précédemment,
Fischer a été le premier à appliquer cette procédure
(16). Les préoccupations liées à cette technique
sont nées de la question de savoir si la microcalcification causée
par certaines parties d'un implant de tissu graisseux dégénéré
peut ou non masquer ou imiter un carcinome du sein (16, 17, 18, 19). Par
contre, la transplantation de tissus graisseux autologues au visage et
aux mains n'ont pas fait l'objet de telles préoccupations.
Analyse de l'usage d'une transplantation de tissus
graisseux autologue pour corriger le vieillissement cutané et facial
et à des fins d'embellissement.
L'un des éléments les plus courants du vieillissement de
la peau et du visage est la perte de tissu graisseux au niveau de la couche
cutanée. Fournier appelle ce processus "l'involution des tissus"
(20). La graisse sous-cutanée est une partie critique de la structure
profonde servant de soutien à la peau et, lorsqu'elle est présente,
donne les contours que nous aimons, admirons et trouvons beaux. Lorsque
cette graisse subit une résorption partielle ou totale, la peau
perd un soutien important et s'affaisse en plis, sillons, creux et rides.
L'image clinique de cet affaissement facial dépend des forces qui
agissent sur la peau, de la forme des muscles d'expression du visage,
de la structure osseuse sous-jacente et de l'intégrité et
de la santé du derme et de l'épiderme supérieurs.
Les zones faciales généralement affectées sont la
glabelle, les tempes, les complexes malaires et sous-malaires, les joues
et les lèvres. Lorsque les mains subissent une perte de tissus
graisseux, elles semblent "squelettisées" et "vieilles".
Si le problème cosmétique du vieillissement des mains et
du visage implique une perte de tissu graisseux, il semble logique de
s'efforcer d'utiliser des matières semblables pour le remplacement
des tissus et donc de remplacer les tissus graisseux par des tissus graisseux
autologues.
Quand il s'agit uniquement d'embellissement, le tissu graisseux autologue
est un superbe matériau de remplissage des tissus mous et peut
servir à augmenter une zone particulière, telle que les
lèvres, et à donner une forme pleine plus flatteuse, avec
un degré élevé de sécurité et d'économie.
Histologie des tissus graisseux
Le tissu graisseux ou adipeux est une forme de tissu conjonctif spécialisé
dans le stockage de substances nutritives dont la quantité varie
considérablement suivant l'état de nutrition d'un individu.
Le tissu adipeux uniloculaire, le seul type existant chez l'homme, est
souvent appelé graisse jaune ou blanche pour le différencier
du tissu adipeux multiloculaire couramment appelé graisse brune.
Les lipides intracellulaires sont constitués d'un mélange
de triglycérides d'acides gras qui restent fluides à la
température du corps mais se solidifient en cas de refroidissement
(21). Le tissu adipeux est divisé en lobules mal définis
par de minces septums de tissu conjonctif. A l'exception de ces septums
interlobulaires, le stroma comprend de délicates fibres réticulaires
qui forment des réseaux serrés autour des capillaires et
investissent chaque cellule graisseuse. Pendant les périodes de
diète absolue, la déplétion des dépôts
graisseux se produit avec des gouttelettes de lipide dans les cellules
qui diminuent progressivement. Si la diète se prolonge, les cellules
graisseuses disparaissent entièrement et deviennent des cellules
en forme d'étoile ou de fuseau ne se différenciant pas des
fibroblastes (21). Les membranes des cellules graisseuses ainsi que les
stromas et septums des tissus fibreux sont tous constitués de collagène.
Histologie des greffes graisseuses
En 1911, Tuffier a été le premier à traiter de l'histologie
des greffes graisseuses (22). Pendant quatre mois, il a effectué
une biopsie d'échantillons de tissus graisseux transplantés
dans l'espace extra-pleural et a rapporté que la plus grande partie
des tissus graisseux a été remplacée par des tissus
fibreux. La formation d'une capsule autour du tissu graisseux vivant transplanté
a été décrite par Zipper en 1912 (23). Strandberg
et Mezo ont découvert que le tissu graisseux conservait ses caractéristiques
d'origine en cas de transplantation à une partie différente
du corps (24, 25).
Une étude histologique approfondie par Peer a été
publiée en 1956 (26). Il a été le premier à
décrire une invasion vasculaire débutant le quatrième
jour, une certaine liquéfaction histologique des cellules graisseuses
et une perte de 45% de volume en une année.
Il a observé que des cellules graisseuses résistantes transplantées
à un endroit avantageux survivaient une année ou plus après
la transplantation (27, 28). Des technologies plus récentes de
tomographie ont été utilisées par Bryant, Weisz et
Langenskiold pour documenter la survie des greffes de tissus graisseux
libres dans le canal vertébral pendant une période comprise
entre quinze et dix-huit ans après la transplantation (29, 30,
31).
Histologie des tissu graisseux prélevés
par seringue
Par des comparaisons histologiques, Fournier a observé la présence
de cellules graisseuses sous forme de tranches adipeuses dans des échantillons
prélevés au moyen d'une aiguille à biseau tranchant
de calibre 14 fixée à une seringue. Fournier a noté
que ces cellules étaient bien plus intactes que les cellules provenant
d'échantillons prélevés au moyen d'une canule fixée
à l'appareil d'aspiration utilisé pour la lipoaspiration
(32-34). Il a observé que la pression exercée sur les tissus
graisseux par les appareils de lipoaspiration avoisinait -1 atm (760 mm
Hg), ce qui causait l'ébullition de l'eau contenue dans les cellules
graisseuses et, de ce fait, la destruction de celles-ci. Le tissu graisseux
prélevé manuellement par seringue présente une pression
qui dépasse rarement 500 mg Hg, ce qui semble éviter un
dessèchement nuisible (35).
Histologie des tissus graisseux autologues stockés
Morrow et Bush ont étudié les effets de diverses méthodes
de lavage, congélation et décongélation de tissus
graisseux prélevés au moyen d'une aiguille à biseau
tranchant de calibre 14 fixée à une seringue de 10 cc sans
ajout d'insuline ou de vitamine E (36). Tous les échantillons congelés
et décongelés indiquaient des modifications diffuses de
la membrane, y compris un aspect membraneux fibrillaire, à des
degrés divers de rupture de la membrane. Les noyaux étaient
partout uniformément plus picnotiques. Les échantillons
lavés n'étaient pas très différents des échantillons
non lavés. Le tissu graisseux stocké dans de l'azote liquide
pendant une semaine puis implantée dans une main et faisant l'objet
d'une biopsie trois semaines plus tard semblait viable et identique au
tissu graisseux fraîchement implanté. Le tissu graisseux
stocké dans un congélateur conventionnel a subi un examen
histologique après plusieurs méthodes de décongélation.
Le plus faible degré de rupture des membranes, 10%-15%, a été
observé sur les échantillons décongelés dans
de l'eau de robinet pendant 25 à 35 minutes. Par contre, on a noté
une rupture de 15%-25% sur les cellules décongelées au réfrigérateur
et à température ambiante. Les échantillons décongelés
dans de l'eau de robinet montraient également des modifications
moins importantes des membranes fibrillaires et certaines zones (environ
15%) où les membranes étaient lisses, ressemblaient à
du tissu graisseux fraîchement décongelé.
Réaction histologique des tissus transplantés
Au cours des quatre premiers jours qui suivent une transplantation de
tissu graisseux, il existe une importante infiltration des cellules receveuses
dans le greffon comprenant des cellules polymorphonucléaires et
plasmatiques, des lymphocytes et des éosinophiles. Les globules
rouges sont agglutinés et les globules blancs subissent une diapédèse
dans les vaisseaux du greffon. Les adipocytes, fibroblastes ou cellules
endothéliales révèlent peu ou pas de signes de dégénération.
Le quatrième jour, il se produit un engorgement et une dilatation
des plus petits vaisseaux du stroma avec d'abondants globules rouges.
Ceci suggère l'existence d'anastomoses entre les plus petits vaisseaux
du greffon et les vaisseaux receveurs. On observe une augmentation des
cellules éosinophiles et des cellules géantes du corps étranger
(37). Toutes les études microscopiques ont montré une rupture
prématurée des adipocytes avec la formation d'espaces (de
type kyste) de dépôts liquides et l'existence d'un infiltrat
des cellules histiocytes receveuses.
La réaction des tissus transplantés a été
étudiée trente jours après la greffe par Morrow et
Bush (36). Ceux-ci ont utilisé de la graisse récemment prélevée
avec une seringue et une aiguille de calibre 14. Une partie de L'échantillon
a été placée dans du formol et une autre partie de
l'échantillon de tissu graisseux frais a été implantée
dans une main. Un mois plus tard, une biopsie de l'échantillon
transplanté a révélé des groupes intacts de
10-30 cellules graisseuses, similaires à l'échantillon frais
placé dans le formol, avec en plus une légère fibrose
réactive et une réaction lipophage. Des noyaux et membranes
cellulaires intactes suggéraient la viabilité. Il existait
de plus petites zones de tissu fibrillaire qui pouvaient représenter
des débris cellulaires membraneux.
Procédure de prélèvement
et d'injection de tissus graisseux autologues
La sélection de la meilleure zone de prélèvement
est un facteur important de l'efficacité de la transplantation
de tissus graisseux autologues. Il existe de visibles différences
dans la qualité du tissu fibreux de la graisse prélevée
sur différentes parties de l'anatomie. La graisse provenant de
la partie supérieure et intérieure de la cuisse et du genou
médian des femmes n'est pas fibreuse et donc très molle,
facile à prélever, à injecter et à modeler
une fois en place. Par contre, la graisse de la partie latérale
des cuisses, de l'abdomen et des hanches tend à être fibreuse
et est moins facile à prélever, à injecter et à
modeler. L'auteur ainsi que d'autres praticiens pensent que l'usage d'un
tissu graisseux moins fibreux permet d'obtenir un résultat bien
meilleur, durable et prévisible.
Un autre élément à prendre en compte dans le prélèvement
des tissus graisseux est le niveau de la graisse à un endroit particulier
de l'anatomie. Dans cette optique, l'auteur oppose la "graisse cutanée"
à la "graisse superflue". La graisse cutanée est la couche
de graisse étroitement liée à la surface inférieure
du derme et son épaisseur est estimée à 1 cm environ.
Cette couche critique est responsable de l'irrigation sanguine du derme
et constitue un facteur essentiel contribuant au contour externe, lisse
et esthétiquement important de la peau. L'endommagement de cette
couche risque de causer des cicatrices au derme et/ou une formation de
fossettes ou autres irrégularités sur le contour externe
de la peau. La graisse superflue est toute la graisse se trouvant sous
la graisse cutanée et peut généralement être
considérée comme un bon matériau pour le prélèvement
de graisse.
Le protocole de prélèvement est précis. Avant une
procédure de transplantation de tissu graisseux autologue, on demande
à tous les patients d'éviter de prendre de l'aspirine ou
des produits contenant de l'aspirine pendant au moins deux semaines avant
(et après) l'intervention. Si un patient subit un traitement de
coumarine, tout en étant par ailleurs en bonne santé, il
doit interrompre ce traitement pendant un période commençant
trois jours avant l'intervention et se terminant deux jours après
celle-ci. Les antibiotiques préopératoires ne sont généralement
pas administrés.
L'auteur préconise la méthode de prélèvement
dont Fournier a été le précurseur (14). Cette méthode
utilise la cryoanesthésie, c'est-à-dire l'application de
simples sacs plastiques remplis de glace ou de packs froids réutilisables
sur la zone de prélèvement pendant quinze à trente
minutes. De la xylocaïne refroidie à 0,25% et de l'épinéphrine
à un taux de 1 à 400.000 sont ensuite injectées dans
la graisse. Le prélèvement est alors effectué au
moyen d'une aiguille à biseau tranchant de calibre 14 fixée
à une seringue plastique "leur-lock" de 10 cc dans laquelle 2 cc
de serum physiologique stérile ont été ajoutés
pour compenser l'espace mort et maintenir un vide. L'aiguille est introduite
dans la peau pendant qu'un bloqueur maintient le vide. Un mouvement de
type piston, semblable à la technique de lipoaspiration standard,
permet de prélever la quantité voulue de graisse.
L'usage d'une aiguille à biseau tranchant pour prélever
la graisse exige la prise de certaines précaution pour éviter
l'apparition d'un hématome postopÈratoire dans la zone de
prélèvement. L'auteur préconise l'application immédiate
d'une bande de type élastoplast à fixer fermement sur la
zone concernée.
Il existe plusieurs questions physiologiques théoriques concernant
le traitement de la graisse prélevée associant l'insuline,
l'épinéphrine et la vitamine E.
La littérature existante traite abondamment de l'effet antilipolytique
de l'insuline sur les tissus adipocytes (38, 39, 40, 41). Toutefois, l'auteur
est d'avis qu'il ne suffit pas d'ajouter de l'insuline à la graisse
prélevée pour que tout aille bien. Barrnett a clairement
démontré que l'ajout d'insuline à la graisse épididymale
du rat (graisse multiloculaire, différente de la graisse uniloculaire
humaine) stimulait la prise de glucose et sa transformation en graisse
(38, 39). La complexité augmente si l'on considère que Smith
a pu démontrer un effet antilipolytique aigu à court terme
ainsi qu'un effet lipolytique à long terme (une semaine) de l'insuline
(45).
L'épinéphrine est bien connue pour son effet lipolytique
(42, 43, 44, 45). Etant donné qu'il existe une tendance à
utiliser de l'épinéphrine avec les anesthésiques
locaux, il est intéressant que Solomon ait découvert que
l'effet antilipolytique de l'insuline sur la lipolyse induite par l'épinéphrine
constitue une situation extrêmement compliquée suivant la
séquence d'administration ainsi que les concentrations utilisées
(43, 44). Il est maintenant admis que les adipocytes possèdent
au moins deux récepteurs de structures différentes présentant
des affinités et capacités différentes pour l'épinéphrine
(41).
›Bien que Menschik ait dÈcouvert, en 1944, que le manque de vitamine
E chez la souris femelle entraînait la dégénération
des tissus adipeux après une période de soixante-cinq semaines,
cet auteur n'est pas au courant des études actuelles réalisées
sur l'homme concernant l'effet de la vitamine E sur la conservation des
tissus adipeux (46).
Comme nous l'avons vu précédemment, cet auteur n'ajoute
ni insuline, ni vitamine E à la graisse prélevée.
Il préfère laver simplement les tissus graisseux avec une
solution saline normale stérile tout en la conservant dans la même
seringue utilisée pour le prélèvement. Les fractions
vont ainsi se séparer après quelques minutes. Le sang, l'anesthésique
local et autres débris peuvent être éliminés
facilement par le piston de la seringue, laissant ainsi le prélèvement
relativement propre pour la transplantation. L'auteur préfère
injecter les tissus graisseux dans toutes les zones du visage et des mains
désignées pour un traitement directement dans la région
sous-dermique à l'aide d'une aiguille à biseau tranchant
de calibre 14 utilisée pour le prélèvement. On arrive
à une surcorrection de 50 %, à moins qu'une augmentation
par étapes ne soit prévue, auquel cas la surcorrection ne
se justifie plus. Une suture de nylon 6-0 est utilisée pour fermer
le point de suture.
Le jour de l'opération, un antibiotique oral à spectre étendu
est prescrit habituellement pendant sept jours. De la glace est appliquée
sur les régions de transplantation pendant les deux premiers jours
pour dégonfler les régions enflées et adoucir la
gêne. Le patient ne se plaint généralement pas de
douleurs, mais si c'est le cas, il se voit prescrire de l'acétoménophène.
Le lendemain, il revient en soins postopÈratoire. Les zones de
transplantation font l'objet d'un contrôle pour s'assurer de l'absence
d'hÈmatome ou d'infection postopératoire On enlève
les sutures nylon 6-0. D'autre part, le pansement est retiré et
la zone de prélèvement fait Également l'objet d'un
contrôle pour s'assurer de l'absence d'hématome. Le déplacement
transversal de l'aiguille à biseau tranchant et son usage pour
le prélèvement peuvent entraîner des déchirures
importantes. Aucun pansement n'est appliqué et il n'est pas utile
de porter des vêtements spéciaux. Le patient peut se baigner
et refaire un peu d'exercice le lendemain de l'opération. Il est
averti de l'apparition éventuelle de nodosités sur la zone
de prÈlËvement, nodosités qui se résorberont
spontanément dans les trois à six mois suivant l'opération,
encore plus rapidement avec des massages sur les régions concernées.
Augmentation par étapes
Plusieurs praticiens, y compris l'auteur, utilisent l'augmentation par
étapes avec de la graisse autologue. Le premier jour de l'opération,
le médecin prélève une quantité de graisse
supérieure à celle qui sera injectée pour l'augmentation.
Les tissus lavés, non utilisés, sont conservés dans
un congélateur traditionnel, dans la même seringue ayant
servi au prélèvement. Ils seront ainsi utilisés ultérieurement
au besoin. La procédure de prélèvement n'est donc
réalisée qu'une seule fois. L'augmentation par étapes
est une opération plus confortable pour le patient et moins onéreuse.
Elle permet également au médecin de traiter une zone avec
plus de précision sans surcorrection. Si une augmentation supplÈmentaire
s'avère être nécessaire, elle peut être réalisée
facilement à l'aide des tissus graisseux conservés.
Cet auteur préfère attendre une période minimum de
deux à trois mois avant d'estimer la quantité d'augmentation
atteinte par la procédure précédente. L'augmentation
par étapes donne des résultats à long terme, permettant
à la zone d'implantation de s'adapter petit à petit aux
tissus transplantés. L'augmentation par étapes constitue
également un moyen simple de remplacer la perte des tissus implantÈs
par absorption ou la perte occasionnée par le processus normal
de vieillissement.
Théories sur les tissus adipeux vivants
Certains transplants de tissus graisseux autologues, ou certaines parties,
sont toujours vivants. La question qui vient à l'esprit est de
savoir de quelle manière ce phÈnomËne a lieu. Deux
théories sont à retenir : la Théorie de remplacement
de la zone de transplantation et la Théorie sur les cellules vivantes,
la plus populaire (28,47,48,49).
La Théorie de remplacement de la zone de transplantation suppose
que les histiocytes (lipophages) absorbent le surplus de matière
lipidique et les différencient, se transformant ainsi en nouveaux
adipocytes. La Théorie sur les cellules vivantes suppose que les
lipophages phagocytent le surplus de matière, mais sans remplacer
ou se transformer en adipocytes. D'après l'hypothèse, une
cellule préadipocyte fibroblaste est présente dans le stroma
de tissus fibreux ; elle peut être plus résistante aux dommages
subis au cours de la transplantation que l'adipocyte mature (50). Cette
cellule préadipocyte semble se différencier en un adipocyte
mature. Cette théorie s'appuie sur la constatation que le développement
de cellules préadipocytes dans la culture des tissus adipeux et
l'implantation avec succès sous forme d'injection permettent la
différenciation en adi-pocytes matures (51, 52).
Résultats de la transplantation de tissus
graisseux autologues
Cet auteur a réalisé avec succès plus de cinq cents
procédures de transplantation de tissus graisseux autologues entre
1987 et 1990. L'expérience favorable de l'auteur est comparable
à celle des autres médecins (32-34, 35, 53, 54, 20, 55).
Le pourcentage d'augmentation permanente (une année) semble se
situer sur un spectre compris entre 25 % et 50 %. Des résultats
inférieurs à ces chiffres peuvent être attribués
à des techniques d'implantation, de manipulation et de prélèvement
sous-optimales. D'après l'expérience de l'auteur, les greffes
de tissus graisseux ont une durée de vie plus longue dans les régions
anatomiques soumises à des efforts continus moindres de contraction
des muscles, perpendiculairement à la surface de la peau. Les zones
traitées avec le plus de succès sont, par ordre décroissant
: les lèvres, les mains, la protubérance malaire, la région
des joues, la glabelle et le pli naso-labial.
Complications de la transplantation de tissus
graisseux autologues
La plupart des médecins ont trouvé que les complications
avec cette procédure tendaient à être mineures et
les infections postopératoires. rares (32-34, 35, 53, 54, 20, 55).
Les déchirures et les gonflements qui apparaissent couramment sur
les zones de prélèvement et de transplantation sont des
complications limitées. Des nodosités au niveau des zones
de transplantation peuvent apparaître. Elles disparaissent, en général,
spontanément dans les six mois; quelques-unes peuvent toutefois
persister. Il est important d'expliquer au patient, avant l'opération,
que de telles excroissances peuvent survenir, mais elles seront d'apparence
différente par rapport aux autres car elles ne dépasseront
pas le niveau de la peau.
Des asymétries au niveau des zones de transplantation peuvent survenir
lorsqu'une certaine quantité de graisse se loge d'un côté
et qu'une quantité différente se loge de l'autre. L'auteur
préfère attendre de deux à trois mois avant d'évaluer
si les transplants de tissus graisseux sont vivants ou non. Dans le cas
d'une asymétrie, ces zones sont explorées pour savoir s'il
est possible d'effectuer une augmentation sur la partie la plus petite,
ou de faire une incision dans les tissus graisseux de la zone où
s'est produite la surcorrection. L'incision entraîne la destruction
du surplus de tissus graisseux. Une autre méthode, jamais effectuée
par l'auteur, mais qui s'est révélée être un
succès, consiste à injecter dans la zone où se trouve
le surplus graisseux du triamcinolone, entraînant une atrophie.
Très rarement, une complication sérieuse peut survenir suite
à la transplantation de tissus graisseux. Des cas d'embolie graisseuse
ont été rapportés lors de transplantations de tissus
graisseux autologues à des fins cosmétiques ou de reconstruction.

2 TRANSFERT DE COLLAGÈNE AUTOLOGUE
Contrairement aux transplants de
tissus graisseux autologues, le transfert de collagène autologue
a un historique très bref. Utiliser du collagène autologue
pour améliorer l'apparence est l'idée originale du Dr. Pierre
Fournier, résultat de ses recherches sur les tissus graisseux autologues
et de ses connaissances sur l'utilisation du collagène bovin (53).
Revue littéraire
En 1981, la FDA américaine a homologué le gel collagène
injectable dérivé de corion bovin vendu dans le commerce
sous le nom d'implant collagène Zyderm (ZCI - Zyderm Collagène
Implant) (57).
Le ZCI est préparé par solubilisation pepsine de collagène
dermique bovin et est purifié par des procédures de laboratoire
normalisées (58). Le collagène est reconstitué sous
forme fibrillaire injectable en suspension dans une solution saline phosphate
tampon. Le collagène purifié est constitué de plus
de 95 % de collagène de type I et de moins de 5 % de collagène
de type III.
Les trois chaînes de molécule de collagène sont entrelacées
comme une corde et stabilisées par une liaison non-covalente. A
chaque extrémité du triple hélix se trouve une courte
région non hélicoïdale connue sous le nom de télopeptide,
zone de grande diversité entre les espèces et donc, la partie
la plus antigénique de la molécule de collagène.
Lors de la préparation d'implantation chez l'homme, les télopeptides
sont supprimés par des enzymes afin de réduire les antigènes
(59).
Le ZCI, aux États-Unis, est disponible sous les trois formes suivantes
: Zyderm I (0,35 mg/ml), Zyderm II (0,65 mg/ml) et Zyplast (0,35 mg/ml).
Le Zyplast est croisé par un pré-traitement avec du glutaraldehyde
(0,0075 %) pour former des liaisons interlysines entre les molécules
de collagène stabilisant les fibrilles reconstituées qui
couvrent la plupart des zones antigéniques restantes (59).
Kligman et Armstrong ont constaté, après 90 jours, que le
collagène Zyderm implanté dans le dos de patients volontaires
ne pouvait pas être localisé par le biais d'une étude
histologique (57), le collagène s'étant probablement résorbé
sans être colonisé par des fibroblastes hôtes. En comparaison,
l'implant combiné Zyplast, glutéral-déhyde a conservé
la forme d'un foyer distinct pendant une période comprise entre
3 et 6 mois avec de très nombreux fibroblastes massés à
la périphérie. Ces fibroblastes ont ensuite envahi l'implant,
provoquant une réaction inflammatoire, ce qui a eu pour conséquence
de remplacer l'implant par un nouveau collagène hôte. Les
faisceaux fins de collagène en rangs parallèles ainsi que
de nombreux petits vaisseaux sanguins se sont déposés sur
le site précédemment occupé par l'implant (57).
Chez 3 % des patients environ, le test cutané au Zyderm est positif.
Parmi les patients dont le test initial de la peau est négatif
et qui reçoivent, par la suite, un implant de zyderm ou de Zyplast,
0,6 % développe une réaction défavorable (59). Il
existe une forte corrélation entre ces réactions défavorables
et les types de réponse immunitaire cellulaire et humorale. Pour
mieux identifier les personnes susceptibles de développer une réaction
allergique, il est aujourd'hui recommandé de soumettre les patients
à deux essais cutanés de prétraitement au collagène,
à quatre semaines d'intervalle.
Actuellement, le coût du Zyplast, aux …États-Unis, est
d'environ 135 $ pour 0,75 ml. Le coût du ZCI, ses bienfaits temporaires
et les risques éventuels de réaction allergique ont poussé
les praticiens à rechercher d'autres méthodes de filling
des rides. Le collagène bovin Atelo pose, a malheureusement, les
mêmes problèmes que le ZCI.
Une percée majeure s'est produite en 1988, dans le domaine du remplacement
du collagène, grâce aux travaux précurseurs de Fournier
(53). Son raisonnement a été le suivant : les membranes
des cellules adipeuses, le stroma et le septa des tissus fibreux les entourant
étant composés de collagène, ils pouvaient représenter
une excellente source de collagène autologue injectable. Il a imaginé
une méthode simple (décrite ultérieurement) permettant
de prélever ce collagène et de l'utiliser comme substance
de remplissage. Zocchi a alors développé une méthode
plus ingénieuse d'utilisation du collagène autologue prélevé
par la méthode Fournier, en le mélangeant avec de la fibrine,
de l'hydroxyapatite et de la matière osseuse pour des opérations
d'augmentation du volume du menton et du volume malaire (60, 61, 62, 63).
Zocchi a ensuite développé la technique de prétraitement
de la zone de prélèvement en mettant au point une répétition
de mouvements de piston entrecroisés au moyen d'une aiguille longue
et fine de type spinal, calibre 25 (54, 62). Cette procédure a
pour effet d'engendrer des lésions tissulaires, avec fibroplasie,
et, par conséquent, une multiplication notoire de la quantité
de collagène disponible atteignant son maximum le douzième
jour. Zocchi a également imaginé une méthode sophistiquée
de prélèvement par ultrasons provoquant la rupture des cellules
graisseuses (61, 63). A partir des travaux de Zocchi, Takasu a conçu
une technique élaborée de stockage en utilisant de l'azote
liquide et une technologie avancée de conservation des tissus.
Analyse de l'utilisation du collagène autologue
dans le domaine du vieillissement de la peau
Le collagène est le composant principal du derme. Le derme est
responsable des turgescences non oedémateuses, de l'élasticité
et de la couleur. Le vieillissement et les dommages causés par
l'exposition au soleil ont un effet néfaste sur le derme.
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